Demander l’ouverture d’une mesure de protection : qui peut saisir, avec quelles pièces

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Alice ANTOINE

Avocat à la Cour — Barreau de Paris. Droit de la famille et droit pénal.

En bref : La demande prend la forme d’une requête adressée au juge des contentieux de la protection du lieu de résidence du majeur.
La liste des personnes admises à saisir le juge est limitative : le majeur lui-même, son conjoint, partenaire ou concubin, un parent ou allié, une personne entretenant avec lui des liens étroits et stables, et le procureur de la République.
Un certificat médical circonstancié, établi par un médecin inscrit sur la liste du procureur, doit être joint. Sans lui, la requête est irrecevable — sans discussion possible.
C’est ce certificat, et lui seul, qui fait perdre des mois aux familles.

Qui peut saisir, qui ne peut pas

Saisissent directement le jugele majeur lui-même · conjoint, partenaire, concubinparent ou allié · liens étroits et stablescelui qui exerce déjà une mesureNe peuvent pas saisirvoisin · ami · médecin traitanttravailleur social · banque · maison de retraiteils signalent, ils ne saisissent pasProcureur de la RépubliqueJuge des contentieux de la protectionrequête + certificat médical circonstancié sous pli cacheté
La liste des requérants est fermée. Pour tous les autres, la seule voie ouverte passe par le procureur — plus lente, et sans garantie de suite.

La liste est fermée. Peuvent saisir le juge : la personne elle-même, son conjoint, son partenaire ou son concubin — sauf si la vie commune a cessé —, un parent ou un allié, une personne entretenant avec elle des liens étroits et stables, et celle qui exerce déjà une mesure de protection à son égard.

En sont exclus : le voisin, l’ami, le médecin traitant, le travailleur social, la banque, la maison de retraite. Ceux-là ne saisissent pas le juge — ils signalent au procureur de la République, à charge pour lui de saisir s’il l’estime nécessaire. C’est une voie plus lente, mais c’est la seule ouverte.

Le certificat médical circonstancié : le vrai goulot d’étranglement

Le certificat ne peut être établi par n’importe quel médecin. Il doit émaner d’un praticien inscrit sur une liste établie par le procureur de la République, disponible au tribunal judiciaire. Un certificat du médecin traitant, si détaillé soit-il, ne satisfait pas à l’exigence.

Il est joint à la requête sous pli cacheté et décrit l’altération des facultés, son évolution prévisible, ses conséquences sur la nécessité d’une assistance ou d’une représentation, et précise si la personne est en état d’être entendue par le juge.

Trois difficultés se répètent. Le nombre de médecins inscrits est faible, les délais de rendez-vous s’allongent, et le coût — tarif réglementé — reste à la charge du demandeur sans prise en charge par l’assurance maladie. Enfin, la personne concernée refuse parfois de se soumettre à l’examen : le médecin peut alors, sous certaines conditions, établir un certificat de carence, qui ouvre une autre voie.

Les pièces à réunir

Outre le certificat, la requête suppose l’identité et l’état civil complets du majeur, la composition de sa famille, l’état de ses ressources et de son patrimoine, et l’exposé des faits qui justifient la demande.

Ce dernier point est celui que l’on soigne le moins et qui pèse le plus. Des impayés, des courriers restés sans réponse, des retraits inexpliqués, une souscription manifestement inadaptée, un signalement bancaire : ce sont ces pièces concrètes qui emportent la conviction, davantage que la description générale d’un état de santé.

L’audition du majeur

Le juge entend la personne concernée. C’est la règle, et elle a un sens : la mesure la concerne au premier chef. Elle peut être assistée d’un avocat, ou accompagnée d’une personne de son choix.

L’audition peut être écartée lorsque le certificat médical indique qu’elle serait de nature à porter atteinte à la santé de l’intéressé ou qu’il est hors d’état d’exprimer sa volonté. Cette dispense se motive ; elle ne se présume pas.

Les délais, et l’urgence

L’instruction prend du temps : audition, parfois enquête sociale, avis des proches. La requête doit être jugée dans un délai enfermé par les textes, à défaut de quoi elle devient caduque et tout est à recommencer — ce qui arrive.

Lorsque la situation ne peut pas attendre — une vente en cours, un compte vidé, une signature imminente —, une sauvegarde de justice peut être prononcée sans délai, le cas échéant avec un mandataire spécial chargé d’actes déterminés. C’est le bon réflexe d’urgence, et il est très largement sous-utilisé.

Contester la décision

Le jugement peut être frappé d’appel dans un délai bref. Peuvent l’exercer la personne protégée elle-même, celle qui a saisi le juge, et les proches selon les cas. Le délai se compte en jours : c’est un point sur lequel les familles arrivent presque toujours trop tard.

En pratique au Cabinet

Le Cabinet vous accompagne de la constitution de la requête jusqu’à la décision du juge : choix de la mesure, certificat médical, sélection des pièces utiles et préparation de l’audition. Lorsque la situation l’exige, il met en œuvre les mesures d’urgence nécessaires pour protéger sans délai la personne ou son patrimoine.

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