L’habilitation familiale : la protection sans juge, et ses limites

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Alice ANTOINE

Avocat à la Cour — Barreau de Paris. Droit de la famille et droit pénal.

En bref : L’habilitation familiale permet à un proche d’assister ou de représenter un majeur dont les facultés sont altérées, sans que le juge exerce ensuite de contrôle continu.
Elle est réservée aux ascendants, descendants, frères et sœurs, conjoint, partenaire et concubin.
Elle suppose que les autres proches ne s’y opposent pas. Une opposition sérieuse suffit à la faire échouer, et renvoie à la curatelle ou à la tutelle.
Sa souplesse est son intérêt. L’absence de contrôle est son risque, et il n’est pas théorique.

Ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas

Le juge autoriseune seule fois, à l’ouvertureEnsuite, la personne habilitée agit seuleaucun inventaire annuel · aucun compte de gestion · aucune requêteDeux cas seulement ramènent devant le jugeun acte à titre gratuit — une donation consentie au nom du majeurun conflit d’intérêts entre le majeur et la personne habilitéeautorisation
C’est toute la différence avec la curatelle et la tutelle : le contrôle n’est pas allégé, il est supprimé. Ce qui fait la souplesse du dispositif en fait aussi le risque.

Introduite en 2016, l’habilitation familiale n’est ni une curatelle allégée, ni une tutelle simplifiée : c’est un dispositif distinct, fondé sur l’idée que lorsqu’une famille est unie, l’intervention continue du juge n’apporte rien.

Le juge intervient une fois, pour l’autoriser. Ensuite, la personne habilitée agit seule. Aucun inventaire annuel à déposer, aucun compte de gestion à faire viser, aucune requête à former pour les actes courants.

Assister ou représenter, sur tout ou partie

L’habilitation peut être spéciale — limitée à un ou plusieurs actes déterminés, la vente d’un logement par exemple — ou générale, portant sur l’ensemble des actes patrimoniaux, et le cas échéant personnels.

Elle peut prendre la forme d’une représentation, la personne habilitée agissant au nom du majeur, ou d’une assistance, le majeur agissant lui-même avec le contreseing de son proche. Cette seconde modalité, plus récente, correspond à ce que la curatelle offre par ailleurs, et elle est encore peu demandée.

La condition centrale : l’absence d’opposition

Le juge s’assure de l’adhésion des proches. Il n’exige pas un accord formel de chacun, mais l’opposition sérieuse d’un descendant, d’un frère ou du conjoint suffit à écarter le dispositif.

C’est le critère décisif, et il commande le conseil : dans une famille où l’un des enfants conteste déjà la gestion des comptes du parent, l’habilitation familiale n’est pas la bonne voie. Elle sera refusée, ou elle deviendra le théâtre du conflit — sans juge pour l’arbitrer au fil de l’eau.

Ce qui reste soumis à autorisation

L’absence de contrôle continu ne signifie pas l’absence de tout contrôle. Les actes de disposition à titre gratuit — une donation consentie au nom du majeur — requièrent l’autorisation du juge. Il en va de même lorsque l’intérêt de la personne habilitée s’oppose à celui du majeur, ce qui est le cas dès que l’acte est conclu entre eux.

En dehors de ces cas, tout se passe sans le juge, y compris la vente de l’immeuble si l’habilitation est générale. C’est considérable, et cela mérite d’être dit aux familles avant qu’elles ne demandent.

Ce qu’il faut peser avant de choisir

En faveur : la simplicité, l’absence de formalisme annuel, l’absence d’intervention d’un professionnel extérieur, un coût de fonctionnement quasi nul, et un caractère moins stigmatisant pour la personne protégée.

En défaveur : l’absence de garde-fou. Le majeur n’a plus, en pratique, d’interlocuteur institutionnel. Les autres proches n’ont plus accès aux comptes. Lorsqu’un doute naît, il faut saisir le juge — c’est-à-dire agir, alors que la curatelle et la tutelle organisent une vérification qui ne suppose l’intervention de personne.

Les formalités

La demande suit le même chemin qu’une mesure de protection : requête au juge des contentieux de la protection, certificat médical circonstancié établi par un médecin inscrit, audition du majeur. La différence tient à l’après, non à l’avant.

L’habilitation est prononcée pour une durée déterminée et renouvelable, plus longue que celle d’une curatelle ou d’une tutelle. Elle prend fin par le décès, le rétablissement des facultés, l’ouverture d’une mesure judiciaire ou la décision du juge qui y met un terme.

En pratique au Cabinet

Le Cabinet vous accompagne pour déterminer si l’habilitation familiale est réellement adaptée à votre situation, au regard des besoins du majeur, de son patrimoine et de l’équilibre familial. Il en définit le périmètre, prépare la demande et sécurise sa mise en place afin d’en préserver la souplesse tout en anticipant les difficultés susceptibles de naître entre proches.

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