L’OPPI : une protection en 24 heures, et comment la déclencher

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Alice ANTOINE

Avocat à la Cour — Barreau de Paris. Droit de la famille et droit pénal.

En matière de violences conjugales, le danger ne s’interrompt pas le temps qu’une audience soit fixée.

Les demandes d’ordonnance de protection ont augmenté de 44 % en cinq ans, passant de 3 400 en 2018 à 6 400 en 2023, et deux sur trois sont accordées (Ministère de la Justice, juin 2025).

La loi du 13 juin 2024 a d’abord ramené le délai de l’ordonnance de protection à 6 jours, puis créé l’ordonnance provisoire de protection immédiate, l’OPPI.

Le dispositif

Rendue par le Juge aux affaires familiales dans un délai de 24 heures, l’OPPI est applicable depuis janvier 2025 (article 515-13-1 du Code civil, décret du 15 janvier 2025).

Elle vaut jusqu’à la décision sur l’ordonnance de protection, qu’elle précède et prépare.

Elle couvre les premières heures, avant que l’audience d’ordonnance de protection ne se tienne.

De l'urgence à la protection durable

Qui peut la demander

Seul le procureur de la République peut saisir le Juge d’une OPPI, avec l’accord de la personne en danger (article 515-13-1).

Contrairement à l’ordonnance de protection, la victime ne peut pas saisir le Juge elle-même.

Qui peut déclencher l'OPPI

Le rôle du signalement au parquet

L’OPPI se prépare en amont, par ce qui est transmis au parquet.

Un signalement circonstancié, ou une plainte étayée, adressé sans délai à la permanence du parquet, en conditionne la délivrance.

Les mesures que l’OPPI peut prononcer

Les mesures de l’OPPI sont restreintes, pour permettre une décision rapide.

L’OPPI peut L’OPPI ne peut pas
Interdire d’entrer en contact avec la victime Attribuer la jouissance du logement, et évincer le conjoint
Interdire de paraître en certains lieux Fixer une contribution aux charges ou une pension
Suspendre le droit de visite et d’hébergement Statuer sur l’autorité parentale au-delà du droit de visite
Ordonner la remise des armes Imposer un soin ou un stage
Dissimuler l’adresse de la victime Prononcer un bracelet anti-rapprochement

Pour l’éviction du domicile, la pension ou le bracelet anti-rapprochement, il faut l’ordonnance de protection.

Les conditions de délivrance

Deux conditions sont exigées : des raisons sérieuses de penser les faits de violence vraisemblables, et un danger grave et immédiat.

Ni l’une ni l’autre n’est définie par la loi, et leur appréciation appartient au magistrat, sur les seuls éléments transmis par le parquet.

La cohérence du dossier remis est déterminante : certificats médicaux, messages, mains courantes, témoignages, antécédents.

La mesure est rendue sans débat contradictoire : la personne visée n’est pas entendue avant.

Les limites du dispositif

La notification est un point faible : une OPPI prononcée contre une personne en fuite ou injoignable ne lui est pas notifiée, et reste sans effet tant qu’elle n’en a pas connaissance.

L’articulation avec l’ordonnance de protection n’est pas toujours linéaire : l’OPPI peut être accordée puis l’ordonnance de protection refusée, ou l’inverse, le second Juge statuant à nouveau.

Le recours du défendeur, par un référé en rétractation, existe, mais les délais très courts en limitent la portée.

Le dispositif est récent : il n’existe encore ni recul statistique, ni jurisprudence consolidée (Union syndicale des magistrats, 2025).

L’articulation avec les autres voies

Les trois voies ne s’opposent pas, elles s’enchaînent.

L’OPPI couvre les premières 24 heures, l’ordonnance de protection prend le relais pour 12 mois, la plainte fait sanctionner l’auteur.

OPPI (provisoire) Ordonnance de protection
Qui saisit Le procureur, avec l’accord de la victime La victime, ou le procureur
Délai 24 heures (article 515-13-1) 6 jours au plus (article 515-10)
Débat Sans débat contradictoire Audience contradictoire
Mesures Restreintes (contact, armes, visite, adresse) Toutes celles de l’article 515-11
Durée Jusqu’à la décision sur l’ordonnance de protection Jusqu’à 12 mois (article 515-12)

L’accompagnement du Cabinet

Dans une situation de violences conjugales, la rapidité d’intervention est déterminante.

Le Cabinet accompagne ses clients dès les premières démarches : évaluation de l’urgence, constitution du dossier, signalement au parquet, saisine du Juge aux affaires familiales et accompagnement dans les démarches pénales.

L’objectif est de mobiliser, sans délai, les dispositifs de protection adaptés et d’assurer leur articulation jusqu’à la mise en place d’une protection durable.

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